Bebel Gilberto
Parce qu'ils sont les enfants de musiciens extrêmement célèbres, certains artistes n'ont parfois pas assez de toute une carrière pour imposer leur propre identité. Bebel Gilberto s'est fait un prénom à l'aide d'un seul album. Et pourtant, la jeune chanteuse n'a pas eu à se distinguer d'un seul célèbrissime parent mais de toute une famille de fortes personnalités. Son grand-père maternel Sergio Buarque de Holanda est un illustre historien, son père João Gilberto un mythe vivant, sa mère, Miùcha, une star, son oncle, Chico Buarque, un monument et sa belle-mère, Astrud Gilberto, est sans doute la chanteuse brésilienne la plus connue au monde. Evidemment tout n'est que musique dans la vie de Bebel. Née en 1967, elle passe les premières années de sa vie à New York où séjournent ses parents, puis, à l'âge de trois ans, retourne à Rio. Sa mère lui apprend à poser sa voix, à faire des harmonies vocales et à improviser. A 9 ans, Bebel rejoint Miùcha et Stan Getz sur la scène du Carnegie Hall. Ensuite, son oncle ensuite prend le relais et la fait chanter dans une comédie musicale pour enfants écrite par ses soins. "Os Saltimbancos" (les Saltimbanques) se joue chaque week-end pendant un an dans une fameuse salle carioca. A 14 ans, c'est morte de trouille qu'elle chante pour une émission de Télé Globo "Chega de Saudade", la chanson qui fut le départ de la bossa nova, en duo avec son père, le chanteur qui lança le mouvement. Sa famille n'hésite jamais à faire appel à Bebel pour enregistrer des chœurs, et c'est naturellement qu'elle enregistre son premier 4 titres à 19 ans, avec son ami le compositeur de rock Cazuza. Le disque est bien accueilli, et certaines chansons feront de jolis hits, mais Bebel se sent mal à l'aise dans le rôle qu'on veut lui faire jouer. Elle ne renie pas sa famille mais ne comprend pas, par exemple, ce qui pousse sa maison de disques à la faire passer pour la fille d'Astrud Gilberto pour simplifier sa biographie officielle. La pression des médias brésiliens est énorme pour cette enfant d'étoile et, quand son co-équipier et ami Cazuza meurt du sida en juillet 90, elle décide de quitter le Brésil. Lorsque Bebel s'installe à New York l'année suivante, elle prend une part active dans la vie musicale de la ville. Elle collabore tour à tour avec Arto Linsday, David Byrne, Vinicius Cantuaria, Thievery Corporation ou Towa Tei, le Dj du groupe Dee-Lite. Après quelques voyages en Europe, elle est séduite par l'accueil que reçoit la bossa nova en Europe et signe un contrat d'enregistrement avec Zirguiboom, la division dédiée aux nouvelles musiques brésiliennes du label belge Crammed Records. En 99 sort Brasil2mil une compilation où Bebel chante "Sem Contenção", que l'on retrouve l'année suivante sur son premier album, le très acclamé "Tanto Tempo". Pour ce disque au titre en forme de clin d'œil - on peut le traduire approximativement par "tant de temps"- elle a travaillé avec le talentueux producteur Suba, un voisin de label. Ensemble, ils ont enregistré quelques classiques, "Samba da Benção" de Baden Powell, So Nice de Marcos Valle et "Samba e Amor" de Chico Buarque, sans en trahir l'esprit mais en rajeunissant la forme à l'aide de délicates touches d'électroniques. Les invités sont nombreux (Amon Tobin, Carlinhos Brown, João Donato, Smoke City, Celso Fonseca, Mario Caldato, Marcos Suzanno), les compositions originales co-signées par Bebel sont troublantes de fraîcheur et de justesse, et la voix aussi sensuelle que dynamique. Ce disque est un rêve qui contient pourtant un cauchemar car, avant la fin des sessions, Suba a trouvé la mort dans l'incendie qui a ravagé son appartement. Désemparée, Bebel a transformé sa peine en hommage, en écrivant la très belle chanson "Lonely" qu'elle a coproduite avec le duo trip-hop de Washington DC Thievery Corporation. Sur scène, Bebel Gilberto opte pour une version plus funky où ses chansons exhalent au mieux leur côté festif. Après le joli succès de ce magnifique premier album et la bonne tenue de scène de la dame, on ne va pas tarder à croiser de jeunes amateurs de musique qui, découvrant les prémices de la Bossa Nova, s'exclameront " Alors ce João Gilberto, c'est donc le père de Bebel !"
Benjamin MiNiMuM
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